Les agrocarburants sont des carburants obtenus à partir de matières premières végétales (biomasse) issue de l'agriculture. Parmi les agrocarburants de première génération (ceux actuellement présents sur le marché), il existe deux grandes filières :
L'huile végétale pure est définie comme une huile provenant de plantes oléagineuses obtenue par pression, extraction ou procédés comparables, brute ou raffinée, mais sans modification chimique 1).
L'huile végétale pure est donc issue d'un procédé d'extraction mécanique s'opérant à froid et directement à la ferme. Le procédé consiste à presser des graines issues de plantes oléagineuses permettant ainsi l'obtention de deux produits connexes : d'une part de l'huile végétale valorisable en tant que carburant et d'autre part un co-produit valorisable en alimentation animale. En France et en particulier dans notre région, les deux principales cultures actuellement utilisées à des fins énergétiques sont le colza et le tournesol. Après pressage, on obtient en proportion environ 1/3 d’HVP et 2/3 de tourteau. Ce procédé de fabrication permet par conséquent d’extraire environ 70% de l’huile contenue dans les graines ; le tourteau obtenu, appelé tourteau “gras” ou tourteau fermier, contient entre 12 et 20 % d’huile (le reste étant contenu dans les résidus appelés “pieds de presse”).
Après l’étape de trituration, l'huile brute est ensuite décantée puis filtrée et stockée en respectant un certain nombre de critères stricts afin d'obtenir une huile garantie de qualité carburant (Pré-norme DIN 51605).
Selon les caractéristiques techniques des moteurs (type d'injection principalement) l'HVP peut être utilisée en mélange sans modification particulière dans la plupart des moteurs diesel (tracteurs, moissonneuse-batteuses, voitures, camions, etc.). Les retours d'expérience indiquent qu'il est possible de mettre de 10 à 50% d'HVP dans les moteurs diesel à injection indirecte, et 5 à 30% dans des moteurs diesel à injection directe, sans modification des moteurs. Au-delà de ces valeurs, des modifications plus ou moins importantes sont à apporter au système de distribution - l'incorporation d'HVP pouvant aller jusqu'à 95 % pour des véhicules équipés d'un kit de bicarburation (Site de la société OLEOtechnic spécialisée dans l'installation de ce kit).
Les carburants d'origine végétale présentent l'intérêt d'être lié au cycle du carbone. Celui-ci est fixé en grande quantité par la plante durant son cycle de production (photosynthèse). Le carbone émis lors de la combustion du carburant est en fait compensé par le carbone absorbé par la plante durant son cycle cultural. Néanmoins, du CO2 est émis par l'activité agricole lors de la mise en œuvre des pratiques culturales. Des efforts doivent donc être faits dans la conduite de la culture et les interventions raisonnées afin de minimiser la contribution à l'effet de serre et ce quel que soit le type d'agrocarburants.
Parmi tous les agrocarburants actuellement produits en France, l'huile végétale pure possède les meilleurs bilans environnementaux (bilan énergétique et contribution effet de serre). Ainsi, utiliser de l'HVP à la place de l'EMHV dans un moteur diesel permet de réduire par plus de deux les émissions de gaz à effet de serre. L’HVP présente par ailleurs un bilan énergétique près de 1,5 fois plus favorable que celui du diester® (cf. tableau ci-dessous).
| Agrocarburants | Bilan énergétique (1) | Contribution effet de serre (2) |
|---|---|---|
| Éthanol de maïs | 0,98 | 65 |
| RÉthanol de betterave | 1,31 | 57 |
| Éthanol de blé | 1,43 | 45 |
| EMHV de colza | 2,19 | 20,3 |
| HVP de colza | 3,8 | 10,5 |
(1) Rapport énergie restituée sur énergie non renouvelable mobilisée en tenant compte des économies d'énergies générées par l'utilisation en alimentation animale des coproduits
(2) Indicateur effet de serre en grammes équivalents CO2/MJ
Source : synthèse EDEN, RAC-F, 2006
Ces résultats sont liés au fait que l'HVP est obtenue par des procédés de fabrication économes en énergies tout comme en émission de GES. En effet, comparativement aux autres carburants d’origine végétale, la production d'HVP ne nécessite pas de transport (filière locale) et fait appel à un procédé de fabrication artisanal relativement simple (pression à froid et filtration).
L'huile végétale pure demeure un carburant biodégradable sans risque de pollutions environnementales. En effet, dans de bonnes conditions d'utilisation, l'expérience montre que l'utilisation d'HVP dans un moteur diesel permet de réduire (voire de supprimer) les émissions de particules. En outre, le carburant HVP en lui-même est un carburant peu polluant puisqu'il ne contient ni azote, ni métaux lourds, ni soufre, ni benzène.
Par ailleurs, la filière HVP est une filière qui ne produit pas de déchets (sous-produits non utilisables). En effet, le sous-produit issu de la trituration de la graine, le tourteau, est valorisable en alimentation animale en tant que concentré riche en matières azotées et en énergie métabolisable.
Enfin, pour minimiser les risques de pollution lors du cycle de production du colza ou du tournesol, des pratiques culturales respectueuses de l’environnement (assolements diversifiés, rotations longues, lutte intégrée, maintien des auxiliaires de culture, principes de l'agrobiologie) sont favorisées afin de valoriser les ressources présentes localement et mettre à profit les processus naturels de régulation. Il s'agit d'un enjeu particulièrement important pour les cultures afin d'éviter que les impacts désastreux de l'agriculture intensive sur l'environnement l'emportent sur les avantages écologiques de l'agrocarburant au niveau des émissions de GES du transport.
Une mesure structurante prise à l'issu du “Grenelle de l'environnement” souligne l'intérêt du développement de l'autonomie énergétique des exploitations agricoles. L'objectif est de valoriser le potentiel agricole de production énergétique afin d'atteindre 30 % des exploitations autonomes énergétiquement en 2013. A l'inverse des filières dites industrielles (agrodiesel ou agroéthanol), la production et l'utilisation d'huile végétale pure peut s'effectuer dans son intégralité au sein même de l'exploitation agricole (filière courte). Cette approche locale contribue d'une part à une certaine autonomie énergétique des exploitations agricoles et d'autre part à une meilleure efficacité énergétique et environnementale du territoire.
En plus de cette efficacité et autonomie énergétique, les filières courtes de production d'huile végétale pure contribuent à l'autonomie protéique des exploitations agricoles. En effet, le process d'obtention de l'huile s'accompagne de la fabrication de tourteaux fermiers riches en protéines. Leur utilisation en tant qu'aliment du bétail permet de ne plus utiliser de tourteaux de soja massivement importés des États-Unis et d’Amérique du Sud. La France étant fortement importatrice de tourteaux de soja, cette production participe à l’autonomie agricole à l’échelle nationale et locale.
En outre, en produisant son propre aliment pour leur bétail, l'agriculteur participe fortement à la relocalisation de l'économie et améliore par ailleurs la traçabilité de ces productions. Il peut en effet se prémunir contre les OGM dans l’alimentation animale et garantir ainsi des productions locales exemptes d’OGM.