Logo d'alter'énergies Photos du bandeau du site d'alter'énergies

Propriétés nutritionnelles du tourteau

Les tourteaux obtenus par première pression à froid sont différents de ceux vendus habituellement dans le commerce. En effet, une des caractéristiques du tourteau fermier est sa forte teneur en matière grasse puisque l’extraction mécanique de l’huile par simple pression à froid des graines n’est pas complète. Les procédés industriels quant à eux, font appel à des techniques mécaniques et chimiques permettant l’extraction quasi-totale de l’huile dans les tourteaux. De ce fait, la valeur énergétique du tourteau gras diffère des produits rencontrés sur le marché et il est nécessaire d’en prendre compte afin de calculer les possibilités d’incorporation dans les rations. Jusqu’alors, peu d’études ont été menées sur la valorisation du tourteau gras en alimentation animale mais un certain nombre sont en cours.

Un taux en matières grasses élevé

Dans la région Pays de la Loire, des analyses ont été réalisées sur une trentaine d’élevages de la Mayenne et de la Loire Atlantique via la chambre d’agriculture du Maine et Loire. Les résultats montrent que la teneur en matière grasse des tourteaux obtenus avec uns presse Täby 55 varie de 17 à 24 % de kg de MS pour le tournesol et de 26/27% pour le colza. Les tourteaux industriels, quant à eux, ont des teneurs en huile nettement inférieures, de l’ordre de 2 %. Le taux de matière grasse résiduelle dépend du procédé de fabrication. La pression à froid est le procédé qui laisse le plus haut taux de matière grasse dans le tourteau. Les presses dites « à vis » ont un débit d’extraction en huile plus modeste que les presses « à barreaux ». Les tourteaux obtenus avec les premières sont donc plus gras que ceux obtenus avec le deuxième type. D’autres facteurs, comme le diamètres de la pastille à l’embouchure de la presse, la température de trituration, le chauffage de la graine semble également jouer sur les rendements et donc sur la teneur finale en matières grasses du tourteau. La forte teneur en huile résiduelle limite la durée de conservation (15 jours à 3 mois maximum) à cause du rancissement de l'huile. Il faut donc être sûr de pouvoir écouler le tourteau lorsque l'on produit de l'huile. La rentabilité de l'installation dépend en grande partie de ce facteur. A noter qu'il existerait une technique suisse (ensilage du tourteau avec un mélange de microorganismes, dit mélange EM) qui permettrait de stocker les tourteaux plusieurs mois tout en conservant leurs qualités gustatives et nutritionnelles. Cela permettrait de ne pas avoir à presser en hiver lorsque les conditions ne sont pas favorables.

Une bonne valeur énergétique

A cause du taux en MG élevée, la valeur énergétique est multipliée par 1,7 par rapport au tourteau classique industriel. En contrepartie, les tourteaux gras sont moins riches en matières azotées que les tourteaux déshuilés. L’incorporation dans la ration des tourteaux gras aura donc un impact moindre sur la correction protéique.

De plus, le tourteau gras de colza et tournesol est riche en acide linoléique et linolénique. L'acide linoléique et l'acide linolénique sont des acides gras essentiels, précurseurs respectivement des familles des acides gras omega-6 et omega-3. La part d’acides gras insaturés, supérieure dans la matière grasse de colza, influence la composition du lait et serait de nature à améliorer les qualités nutritionnelles et technologiques des produits laitiers.

Taux de glucosinolates

Le tourteau de colza peut renfermer des substances antinutritionnelles qui diminuent la valeur alimentaire, dont les glucosinolates qui se concentrent dans le tourteau lors de l'extraction de l'huile. Ils peuvent provoquer notamment une hypertrophie de la glande thyroïde et par conséquent, ils sont responsables d'un retard de croissance et d'une sensibilité accrue aux maladies chez les animaux. De plus, ils confèrent un goût amer au tourteau, ce qui en diminue l'appétence. Les glucosinolates peuvent être partiellement détruits par la chaleur. C'est pourquoi les premiers tourteaux de colza subissaient un toastage (cuisson). Mais l'apparition des variétés de colza à très basse teneur en glucosinolates, dites variétés « double zéro » (colza “00”) a facilité l’utilisation des tourteau en alimentation animale. Grâce aux travaux de sélection, le taux de glucosinolates est en effet passé de 80 μmol à moins de 20 μmol aujourd'hui, la limite pour les graines marchandes se situant à 25 μmol. Un taux trop élevé dans les tourteaux de colza étant pénalisant, l’idéal serait de se situer autour de 10 μmol de glucosinolates.

Estimer facilement la valeur nutritive du tourteau fermier

Les calculs des valeurs alimentaires des tourteaux d’oléagineux ont été établis pour des tourteaux industriels déshuilés, c'est-à-dire à 2-4 % de MG. Normalement ces équations ne sont pas applicables à des tourteaux fermiers, dont la teneur en matière grasse est supérieure à 10 %. Une approche est proposée par l’institut de l’élevage dans l’attente d’estimations plus précises qui sont en cours d’élaboration. En se basant sur les valeurs alimentaires des graines et des tourteaux industriels (tables INRA-AFZ, 2002), on peut évaluer rapidement la valeur énergétique et protéique d’un tourteau fermier en fonction de sa teneur en matière grasse.

  • Pour le colza :

UFL (en g/kg MS) = 0,906 + (0,002 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

PDIN (en g/kg MS) = 253,95 – (0,272 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

PDIE (en g/kg MS) = 161,0 – (0,208 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

Exemple : un tourteau de colza fermier à 20% de MG (200gMG/kg MS) aura une teneur estimée de 1,31 UFL, 200 g PDIN et 119 g PDIE/kg MS.

  • Pour le tournesol :

UFL (en g/kg MS) = 0,586 + (0,002 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

PDIN (en g/kg MS) = 205,4 – (0,211 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

PDIE (en g/kg MS) = 108,3 – (0,152 x teneur MG du tourteau fermier (en g/kg MS))

Exemple : un tourteau de tournesol fermier non-décortiqué à 15% de MG (150g MG/kg MS) aura une teneur estimée de 0,89 UFL, 174 g PDIN et 86 g PDIE/kg MS.

La mesure de la teneur en matière grasse s'impose donc ; connaître la teneur en MAT permettra d’affiner la prévision.