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Le tourteau en alimentation animale

L'alimentation des filières de productions animales exige de gros volumes de graines oléagineuses (soja, colza, tournesol, etc.), entières ou sous forme de tourteaux pour satisfaire les besoins en protéines des animaux d'élevage. La France et l'Europe sont très dépendantes en protéines végétales et sont obligées d'en importer 75%, dont la majorité est du soja en provenance d'Amérique du sud (Argentine et surtout Brésil). Des alternatives existent pourtant : les graines protéagineuses (pois, féverole, lupin), la luzerne déshydratée, les tourteaux de colza ou de tournesol industriels déshuilés et enfin, le tourteau fermier. En effet, le tourteau fermier de tournesol ou de colza peut s'envisager dans l'alimentation de la majorité des animaux (bovins, porcins, volailles, caprins, ovins). Se substituant aux aliments habituels riches en matières azotées comme le tourteau de soja, il permet ainsi de réduire la dépendance protéique des filières de productions animales. L'utilisation des tourteaux gras représente en outre un gage de traçabilité notamment pour les filières sous signe de qualité (Label, Bio, etc.) en garantissant un aliment 100% fermier et non-OGM produit localement.

Afin de bien valoriser le tourteau gras en alimentation animale, il est conseillé de connaître sa composition au préalable, afin d'adapter le taux d'incorporation dans la ration. L'utilisation du tourteau fermier nécessite de prendre quelques précautions et de suivre un certain nombre de recommandations :

Ainsi, notamment en raison de leur teneur élevée en matière grasse, il faut veiller à ne pas dépasser 6% de matières grasses totales dans la ration. Un excès de matières grasses libres (non protégées) dans une ration peut entraîner des dysfonctionnements an niveau de la digestion des animaux. La matière grasse peut limiter l’accès des constituants de la ration aux bactéries en se collant aux aliments. Par conséquent, les bactéries ne peuvent pas dégrader normalement la cellulose ce qui se traduit par une baisse de production d’énergie et de protéine.

Les bovins lait

L'utilisation du tourteau gras en alimentation peut avoir un intérêt non négligeable dans l'alimentation bovine comme le souligne une brochure réalisée par l'Institut de l'élevage et Prolea ONIDOL :

D'après l'ADEME/ITP, le taux d'incorporation de tourteau gras dans les rations ne doit pas dépasser 5% de la MS totale. En élevage laitier, ceci correspond à entre 1,5kg et plus de 2kg par vache et par jour, selon le taux de matières grasses du tourteau. Les taux de substitution du tourteau de soja par du tourteau gras observés sont de 1,5 à 2 (enquête). Des quantités plus importantes pourraient causer des effets négatifs sur la digestion en augmentant notamment le risque d'acidose. L'apport de matières grasses dans la ration présente tout de même un avantage. Elle réduit la production de matières grasses laitières sans altérer la production de protéines. D'après l'expérience de certains agriculteurs, l'utilisation de tourteau gras est plutôt bien valorisée par les animaux. On observe généralement une meilleure persistance de la production laitière ainsi que des taux butyreux et protéiques (TB et TP) en période hivernale, voire dans certains cas une légère augmentation. De plus, l'appétence du tourteau gras est meilleure que celle du tourteau de soja. Cependant, peu d’expérimentations ont été conduites sur la valorisation de tourteaux gras de colza et de tournesol, en particulier sur son effet sur la production laitière et les taux butyreux et protéique.

  • L'expérience de la ferme des Trinotières (station de la chambre d'agriculture de Maine et Loire)

Au printemps 2005, la ferme des Trinotières a réalisé un essai comparant les effets zootechniques de deux tourteaux de colza fermiers à du tourteau de soja. L'objectif de l'essai était de réaliser des rations les plus autonomes possibles et de comparer les résultats de production laitière obtenus avec ces deux types de tourteaux gras : le premier, obtenu avec une presse de marque Reinartz (taux de matière grasse de 11,2%), le second avec une presse Täby (taux de matière grasse de 22,4%/kg de MS). Sur la durée de l'essai, l'ingestion des vaches des lots tourteaux fermiers a été supérieure au lot témoin à base maïs ensilage. Cette ingestion est conforme à ce qui est observé avec du tourteau de colza industriel comparé à du tourteau de soja. Les vaches des lots tourteaux fermiers ont produit plus de lait par rapport au témoin avec un TB inférieur. L'augmentation de production est permise par l'ingestion supérieure ainsi que par la teneur en matière grasse supérieure de la ration. La baisse du TB quant à elle est liée à la hausse de production (dilution) ainsi qu’à la présence plus marquée d'acides gras insaturés dans les tourteaux de colza qui participent à la diminution de la synthèse de la matière grasse dans la mamelle. Les résultats concernant le TP sont peu marqués et divergents selon les tourteaux fermiers. Le résultat obtenu avec le lot Täby semble confirmer le seuil de 5% de matière grasse à ne pas dépasser dans l'établissement d'une ration pour vaches laitières. Les résultats obtenus dans cet essai sont marqués au niveau de la production laitière et du TB avec des quantités de tourteaux gras distribués importantes. En élevage, ces quantités seront généralement inférieures dans le cadre d’une autoconsommation étant donné les surfaces implantées en colza.

Deux articles de Philippe Brunschwig et de ses collaborateurs présentent les principaux résultats des essais menés à la station expérimentale des Trinotières :

Les bovins viande

Pour l’alimentation des bovins à viande, une substitution totale par du tourteau de colza est compétitive. A raison d’une substitution de 1,3 à 1,5 kg de tourteau de colza pour 1 kg de tourteau de soja, les performances de croissance sont maintenues et la marge brute est améliorée. Un essai a été mené dont le but était de comparer les performances zootechniques de taurillons engraissés avec un régime contenant du tourteau de colza fermier par rapport au régime habituellement distribué sur l’exploitation (régime témoin). Le régime au tourteau de colza a été formulé pour se rapprocher du régime témoin au niveau de la valeur énergétique et protéique. Au point de vue des performances zootechniques, le tourteau de colza peut être utilisé dans les rations avec un GMQ (gain moyen quotidien) identique et une légère amélioration de l’IC (indice de consommation). Aucun problème d’appétence n’a été constaté avec le régime “colza”. Les conclusions de l’essai sont les suivantes : “il ressort qu’à ce stade aucune différence d’aspect, de couleur, de texture n'a été décelée sur les carcasses des animaux ayant reçu un aliment contenant 16% de tourteau de pression fermier riche en matières grasses en remplacement de 6% de tourteau de lin et de 10% d’aliment contenant de la graine de lin expandée (TEFEX). Sous réserve des résultats obtenus en découpe, et des qualités gustatives des viandes qui n’ont pas été vérifiées à ce jour, aucune dépréciation n’a été constatée”.

Les porcins

L'autoproduction de tourteaux représente un fort intérêt pour les producteurs de porcs. En effet, l'apport d'énergie alimentaire est le principal coût dans ce type de production. La substitution d’un aliment par le tourteau gras dépend directement de la valeur nutritive du tourteau et du type d’animal, c'est-à-dire les porcs en croissance et les truies adultes. Il est conseillé de ne pas utiliser de tourteaux gras dans l’alimentation des truies en période de gestation. Cependant, il n’existe pas de contre indication pour les truies allaitantes et les animaux en croissance. Pour ces derniers, seule la qualité de la carcasse est modifiée. L’utilisation de tourteaux gras n’a pas d’effet particulier sur la croissance des animaux puisqu’il est riche en oméga 3 et en acides aminés essentiels (lysine et méthionine). Ainsi, des taux d’incorporation de tourteau fermier de tournesol de 10% pour les truies 2ème âge , entre 5 et 10% pour les porcelets 2ème âge et de 15% pour les porcs en croissance seraient permis.

Les volailles

Le tourteau gras est intéressant en élevage avicole par son taux protéique et par sa concentration énergétique plus élevée que le tourteau classique. Pour les poulets labels, le taux de matière grasse de l’aliment ne doit pas dépasser 5%. Pour les canards en croissance (entre 5 et 12 semaines) et les poulets labels en période de démarrage (de 0 à 4 semaines), le tourteau gras remplace parfaitement le tourteau de tournesol métropolitain et permet de réduire l’apport en huile végétale.

Les ovins

Pour des agneaux en finition, un taux d’incorporation de 30 % de tourteau de colza fermier associé à du triticale semble convenir et permet de respecter la limite de 5% de matières grasses de la ration. Ainsi, les performances zootechniques et la qualité des carcasses ne devraient pas être affectées. Avec les brebis, on peut supposer qu’un taux de matières grasses trop élevé dans les rations pourrait être préjudiciable aux performances. Cependant, pour les rations à base de foin, le risque semble faible. Par conséquent, 600 grammes de tourteau de colza fermier par brebis semble être la quantité quotidienne à ne pas dépasser. Au-delà, il est nécessaire d’utiliser le tourteau fermier en mélange avec une autre source azotée.

Les caprins

L’utilisation de tourteau fermier en filière caprine permet de palier le déficit en matière azotée et en matière grasse de la ration. La forte teneur en matière grasse est particulièrement intéressante puisqu’il améliore le taux butyreux et donc la fromageabilité du lait. De plus, il contribue à l’autonomie protéique et à une meilleure traçabilité, notamment en filière AOC. Pour une ration de base à 2-3% de matières grasses (soit 60 grammes de matières grasses pour 2,4 kg de matières sèches), un apport de 400 grammes de tourteau de colza fermier (à 20% de matière grasse) peut être réalisé.